Avec le membership, impliquer ses lecteurs, à quel prix ?

Avr 4, 2019 | Articles, Articles à la une / slider, IJF19 | 0 commentaires

Le membership, c’est un autre modèle économique, qui réconcilie abonnement et contenu gratuit. C’est aussi une nouvelle façon de faire du journalisme, en impliquant ses lecteurs dans la vie des rédactions. Cette nouvelle pratique, au centre d’un des débats du Festival International du Journalisme de Pérouse, oblige les entreprises de presse à modifier leurs méthodes de fonctionnement.

Zoé RUFFY

Le membership, c’est d’abord un modèle économique hybride, entre contenu d’abonnement et presse gratuite. Basée sur la contribution volontaire de ses lecteurs, cette méthode permet aux entreprises de presse de proposer des contenus gratuits et de qualité pour tous, en laissant la possibilité à ceux qui le veulent d’effectuer un don à l’article ou au thème de leur choix.

L’expertise des amateurs mise à contribution

Outre l’aspect financier, le programme demande une implication directe des lecteurs dans la rédaction des contenus des entreprises de presse. Stephen Khan, rédacteur en chef de The Conversation UK, média indépendant qui regroupe journalistes et universitaires, insiste sur la réelle plus-value d’un journalisme participatif : “ le membership invite les lecteurs à donner de leur argent, mais aussi de leur temps, de leur réseau et de leur expertise professionnelle pour soutenir le média ou les causes auxquels ils sont attachés ”.

Une méthode qu’a adopté la rédaction suédoise du site international d’informations The Local, il y a deux ans. “ La première raison de ce basculement vers le membership était de trouver un modèle économique sécurisé et accessible à tous et pas seulement à ceux qui ont de l’argent ” explique Emma Löfgren, rédactrice en chef. Le système d’adhésion permettant de créer une réelle communauté autour de la rédaction a alors assuré un revenu constant au média : “ le financement direct des lecteurs a créé un lien de confiance particulier avec eux ”.

Un lien de confiance retrouvé, qui implique une exigence de contenus de qualité pour la rédactrice en chef. “ Avec le membership, les rédactions ne peuvent plus se permettre de proposer des titres racoleurs et choquants, le public exige des articles de fond et des enquêtes”.

Une fenêtre ouverte sur les rédactions

La participation des lecteurs apporte également plus de visibilité sur le fonctionnement des rédactions, trop souvent fermées à leur lectorat d’après Emma Löfgren : “ Toutes les rédactions devraient se montrer plus transparentes dans leur façon de travailler vis-à-vis de leur lectorat. Cela fait partie du contrat de confiance qu’on scelle avec le public ”.  

Pour ce faire, les journalistes de The Local sont invités à échanger tous les jours avec leur lectorat pour demander des expertises ou des idées d’articles. “ On ne peut pas prétendre tout connaître en tant que journaliste, alors il ne faut pas hésiter à faire appel aux connaissances du public ”.

D’autres rédactions proposent des lives directement depuis les rédactions pour échanger avec leur lecteurs, ou des avant-premières d’enquêtes consultables sur les groupes Facebook des rédactions.

Alors que le membership commence à peine à se développer dans l’hexagone, convainquant jusqu’alors les pure-players dits alternatifs français comme Bastamag et Street Press, le modèle d’adhésion a déjà été adopté dans plusieurs médias de référence à l’étranger, à l’instar de The Guardian qui rassemblait en juin dernier près de 570 000 adhérents.