Snipfeed, l’info clés en mains pour les jeunes

Avr 6, 2019 | Articles à la une / slider, IJF19, Outils | 0 commentaires

Il y a un peu plus d’une semaine, Snipfeed Algérie est lancé à l’occasion des mouvements sociaux dans le pays. Depuis, près de 70 000 utilisateurs se sont déjà emparés de l’application qui centralise les informations en fonction de ses utilisateurs. Retour sur cet outil lancé il y a à peine cinq mois par des Français à Los Angeles.

Sacha Maxime PASQUALI

Plus de 780 000 Américains reçoivent régulièrement des informations qui les intéressent sur leur application Messenger. Il n’y a rien à taper et aucune recherche à faire. C’est l’application Snipfeed qui gère cela. « Tous les matins, l’intelligence artificielle cherche à travers plus de 2000 gros titres ceux qui peuvent intéresser les utilisateurs. Les algorithmes vont chercher tout ce qui se trouve sur les réseaux sociaux: vidéos Facebook, stories Instagram et Snapchat, etc. », détaille Redouane Ramdani, co-fondateur de Snipfeed. Tout est automatique, l’intelligence artificielle sélectionne les contenus en fonction des profils des utilisateurs et des tendances. Redouane Ramdani précise: « On utilise uniquement des données d’utilisation et pas de données personnelles. On ne veut pas des publicités Facebook qui apparaissent parce qu’on a liké quelque chose. En fonction de l’univers et des intérêts montrés par l’utilisateur dans l’application, l’IA propose des contenus similaires. On veut absolument protéger les données personnelles. »

Proposer une information fiable et pertinente

Compte tenu des déboires de l‘intelligences artificielle, la question de leur fiabilité se pose. Le programme anti-fake news de l’entreprise, dénommé fakebuster, est loué par ses créateurs. Il repose sur trois axes : le type d’écriture, le lien entre un article et son titre et la fiabilité de la source. La fonctionnalité s’assure donc d’abord que l’article est bien écrit, que le lien entre titre et contenu, ensuite, est effectif (pour éviter les clickbaits et titres racoleurs), et examine enfin la fiabilité de la source. Pour cela, l’intelligence artificielle prend en compte l’historique du média, à l’aide d’un système de score, et compare le texte avec les résultats des dix premières pages de Google sur la thématique de l’article. « De cette manière, on peut voir si le résultat tombe plus souvent sur des sites de fake news ou des sites qui sont fiables, » conclut sur ce sujet le cofondateur de Snipfeed. Il estime ainsi que ces paramètres sont suffisants pour ne pas partager de fake news.

Pour ses créateurs, l’application a pour objectif de régler le problème des générations Y, Z et des millenials qui « n’ont jamais lu un journal papier. Avant, on avait moins d’information. Quand on faisait une recherche sur Google à la fin des années 90, ça allait assez vite. Il n’y avait pas beaucoup de sites indexés. Maintenant, il y en a beaucoup trop ! C’est compliqué de trouver ce qu’on cherche. Les jeunes veulent du « searchfree » (NDLR : sans recherche manuelle). Nous on va servir de handpicker, on va fournir les articles les plus intéressants pour eux, sous tous les formats et venant de plusieurs plateformes. » L’entreprise se défend d’être une rédaction ou un média. Elle se définit comme une plateforme qui travaille avec les médias dans un contexte d’économie de l’attention.

Un modèle économique plein d’ambition

Le jeune PDG met l’accent sur le problème majeur des médias professionnels sur le web, la monétisation de leurs contenus : « Quand on lit un article du New York Times, on est confronté au “paywall”, il faut payer 10 euros pour lire la fin de l’article… C’est le prix de Netflix ! Sur la plate-forme de vidéo, les jeunes ont accès à plein de films. Alors que le New York Times, c’est pas leur principal interêt. » En réaction à ce constat, Snipfeed se concentre sur des microtransactions pour certains contenus individuels : « Les articles de GQ, par exemple, on peut les acheter avec de la monnaie virtuelle pour l’équivalent de 20 ou 30 centimes. On a un modèle beaucoup plus micro en termes de paiement et de consommation. »

Redouane Ramdani affiche volontiers quelques certitudes au sujet de l’IA : « Le vrai chantier aujourd’hui, c’est un internet 3.0 qui soit searchless (NDLR : avec moins de recherche manuelle) et qui redonne leur place aux créateurs de contenus pour leur permettre de se rémunérer. Idéalement, on voudrait que l’utilisateur se dise qu’il a appris quelque chose avec Snipfeed et qu’il puisse en discuter avec d’autres internautes. Si on arrive à un modèle fondé sur la blockchain, on pourrait avoir un système sans publicité et de meilleure qualité. L’idée serait alors de payer 5 ou 6 euros par mois pour laisser tomber les microtransactions qui engendrent beaucoup de frais et pour rémunérer justement les médias. » Le pari de Redouane Ramdani, en dépit d’un jargon parfois démesurément entrepreneurial, est simple: celui de la monétisation d’une information clés en mains pour les jeunes, hors du circuit publicitaire. L’avenir nous dira s’il est gagnant.