[NUMERO 3] Emi’sphères / Autour des Promeneurs du net

Renouer le lien entre les citoyens et la sphère médiatique, tel est l’objectif de l’Éducation aux médias et à l’information (EMI). Depuis 40 ans, les programmes d’EMI se développent afin d’éveiller la curiosité et l’esprit critique, notamment des plus jeunes. En Auvergne-Rhône-Alpes, les acteurs partagent leurs compétences pour déconstruire l’information et démocratiser la pratique des médias. Dans le cadre du projet Emi’sphères, des étudiants de l’Ecole de journalisme de Grenoble sont allés à leur rencontre. Dans ce numéro, Sophie Suel, coordinatrice du réseau Les Promeneurs du Net en Isère et membre de l’association Info Jeu, livre sa vision de l’EMI.

« Instaurer une présence éducative sur Internet » : le crédo des Promeneurs du Net tient en quelques mots. Parmi leurs missions, l’Education aux médias et à l’information (EMI) occupe une place de choix. Pour la coordinatrice du réseau isérois Sophie Suel, l’engagement s’avère primordial : « Nous sommes abreuvés en permanence d’une multitude d’informations. Il est important de réussir à décortiquer tout ça, à comprendre l’environnement des médias, à savoir de quelle manière les journalistes travaillent. En tant qu’adulte, nous avons une part importante à prendre sur l’éducation des jeunes sur ces sujets. »

Déployés depuis dix ans en France avec le soutien financier de la Caf, Les Promeneurs du Net ont fait leur apparition en Isère en 2017. Depuis, ils s’attellent à former des professionnels de la jeunesse aux réseaux socio-numériques en tant qu’outils de médiation.

 

Un engagement auprès des formateurs et des jeunes publics

Pour développer l’EMI, Sophie Suel intervient auprès de différents publics. Elle réfléchit avec les professionnels de la jeunesse, membres des Promeneurs du Net, à la meilleure manière d’aborder ces enjeux. Sophie Suel est également investie auprès de 13-25 ans via l’association Info Jeune 38. « Nous sommes souvent sollicités par les collèges, les lycées ou les MJC. Personnellement, j’interviens pour parler de la vie numérique, de nos usages d’internet et des médias sociaux », indique-t-elle.

Durant ces séances scolaires, Sophie Suel prône l’action et l’engagement. Elle a imaginé des ateliers ludiques afin que les jeunes soient les acteurs de leur apprentissage : « L’idée c’est de les faire s’investir. Par exemple, pour le fact-checking, j’utilise un outil qui s’appelle le vrai du faux. On amène les élèves à lire des articles volontairement faux, et on les aide à vérifier et à croiser les sources. J’utilise aussi beaucoup le débat pour les faire réfléchir autour de ces sujets. »

Si ses interventions sont principalement tournées vers les jeunes, Sophie Suel estime que l’EMI concerne l’ensemble des citoyens : « Tout le monde devrait y être sensibilisé. D’autant plus que ce ne sont pas forcément les jeunes qui ont de mauvaises pratiques sur internet. » Selon une étude parue dans la revue Science Advances en 2019, les utilisateurs de plus de 65 ans partagent en moyenne sept fois plus de fake news que les 18-29 ans. D’où l’importance d’élargir les actions et les publics de l’éducation aux médias et à l’information. Si le rapport Bronner, remis au président Emmanuel Macron en janvier 2022 préconise une amélioration de l’EMI dans les établissements scolaires, Sophie Suel considère que ce n’est pas suffisant : « Il faut intégrer des partenaires extérieurs, pour intervenir auprès d’autres types de publics. J’espère que d’autres associations comme la nôtre vont se développer dans l’avenir. »

Laure-Anne Marxuach

Marie Pinabel

Marion Riaux