{"id":11196,"date":"2024-04-18T19:00:04","date_gmt":"2024-04-18T17:00:04","guid":{"rendered":"http:\/\/journalismes-info.ejdg.fr\/?p=11196"},"modified":"2024-04-20T09:45:03","modified_gmt":"2024-04-20T07:45:03","slug":"reporter-de-guerre-jai-toujours-peur-a-partir-du-moment-ou-je-quitte-ma-maison-jusqua-ce-que-je-revienne","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/journalismes-info.ejdg.fr\/index.php\/2024\/04\/18\/reporter-de-guerre-jai-toujours-peur-a-partir-du-moment-ou-je-quitte-ma-maison-jusqua-ce-que-je-revienne\/","title":{"rendered":"Reporter de guerre\u00a0: vivre en \u00e9tant le t\u00e9moin de la mort"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"http:\/\/journalismes-info.ejdg.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/IMG_9136-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11337\" srcset=\"http:\/\/journalismes-info.ejdg.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/IMG_9136-1024x768.jpg 1024w, http:\/\/journalismes-info.ejdg.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/IMG_9136-250x188.jpg 250w, http:\/\/journalismes-info.ejdg.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/IMG_9136-768x576.jpg 768w, http:\/\/journalismes-info.ejdg.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/IMG_9136-1536x1152.jpg 1536w, http:\/\/journalismes-info.ejdg.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/IMG_9136-2048x1536.jpg 2048w, http:\/\/journalismes-info.ejdg.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/IMG_9136-1080x810.jpg 1080w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Lors de la conf\u00e9rence \u00ab\u00a0The art of war reporting\u00a0\u00bb Ron Haviv revient sur son exp\u00e9rience en Bosnie et sa c\u00e9l\u00e8bre photo. <br>Cr\u00e9dit : Gabriel Upravan<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><em>\u00catre journaliste dans des zones de conflit, c\u2019est \u00eatre confront\u00e9 en permanence \u00e0 la mort autour de soi et \u00e0 la peur de sa propre mort. Un poids lourd \u00e0 porter, qui affecte directement la sant\u00e9 mentale de ces journalistes, \u00e9voqu\u00e9 en conf\u00e9rence lors du Festival international de journalisme de Perugia.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans les zones de conflit \u00e0 travers le monde, les journalistes sont des t\u00e9moins indispensables des trag\u00e9dies humaines qui s&rsquo;y d\u00e9roulent. Ce sont les journalistes de guerre, des professionnels intr\u00e9pides qui se trouvent au c\u0153ur de l&rsquo;action, documentant les \u00e9v\u00e9nements les plus importants et les plus d\u00e9chirants de notre \u00e9poque. Leur travail et leur courage est souvent acclam\u00e9, mais derri\u00e8re les gros titres se cache un aspect moins visible et pourtant crucial de leur m\u00e9tier : leur rapport \u00e0 la mort. Ron Haviv est photoreporter depuis plus de 30 ans. Pendant 10 ans, il a couvert les guerres qui ont suivi l\u2019\u00e9clatement de la Yougoslavie. Il a notamment document\u00e9 le si\u00e8ge de Sarajevo et les atrocit\u00e9s commises dans les camps de concentration serbes en Bosnie-Herz\u00e9govine. Et pourtant, il n\u2019a jamais r\u00e9ussi \u00e0 accepter la mort qu\u2019il a c\u00f4toy\u00e9e toute sa vie : \u00ab&nbsp;Je pense que malheureusement, avoir vu un certain nombre de personnes mourir devant moi a toujours \u00e9t\u00e9 quelque chose de tr\u00e8s difficile \u00e0 comprendre dans une certaine mesure. Le fait que quelqu&rsquo;un puisse \u00eatre vivant et mort la seconde suivante est toujours choquant pour moi.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" width=\"965\" height=\"684\" src=\"http:\/\/journalismes-info.ejdg.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/graphique-journaliste.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-11359\" srcset=\"http:\/\/journalismes-info.ejdg.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/graphique-journaliste.png 965w, http:\/\/journalismes-info.ejdg.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/graphique-journaliste-250x177.png 250w, http:\/\/journalismes-info.ejdg.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/graphique-journaliste-768x544.png 768w, http:\/\/journalismes-info.ejdg.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/graphique-journaliste-400x284.png 400w\" sizes=\"(max-width: 965px) 100vw, 965px\" \/><figcaption>Acc\u00e9der au graphique interactif : <a href=\"https:\/\/public.flourish.studio\/visualisation\/16639872\/\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/public.flourish.studio\/visualisation\/16639872\/\">https:\/\/public.flourish.studio\/visualisation\/16639872\/<\/a><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Vivre avec la peur<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;immersion dans le danger et face \u00e0 la mort est une r\u00e9alit\u00e9 quotidienne pour les journalistes de guerre. La peur ne les quitte jamais vraiment, c\u2019est un poids \u00e0 porter au quotidien sur le terrain : \u00ab&nbsp;La peur est toujours l\u00e0, j&rsquo;ai toujours peur \u00e0 partir du moment o\u00f9 je quitte ma maison jusqu&rsquo;\u00e0 ce que je revienne.&nbsp;\u00bb, indique le photoreporter. Les journalistes de guerre apprennent \u00e0 composer avec elle, \u00e0 canaliser leur anxi\u00e9t\u00e9 pour rester concentr\u00e9s sur leur mission. Pour beaucoup, c&rsquo;est une question de survie autant que de professionnalisme. C\u2019est le cas de Ron Haviv, qui a trouv\u00e9 le bon \u00e9quilibre entre les deux&nbsp;: \u00ab&nbsp;On ne peut pas \u00eatre trop effray\u00e9 au point de ne pas pouvoir travailler, il faut donc utiliser sa peur \u00e0 son avantage pour prendre des d\u00e9cisions intelligentes et ne pas avoir l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre Superman. J\u2019essaie de g\u00e9rer ma peur pour l&rsquo;utiliser afin de me maintenir en vie, mais en m\u00eame temps pour ne pas me paralyser au point de ne pas pouvoir travailler.&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;Nous sommes toujours en train d&rsquo;essayer de faire en sorte les gens ne meurent pas inutilement&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00f4le des journalistes de guerre d\u00e9passe celui de simple t\u00e9moin, ils sont les porte-paroles de la souffrance du monde. \u00a0Ils documentent les souffrances humaines au p\u00e9ril de leur vie. Pour Ron Haviv, ils transmettent ce \u00e0 quoi personne ne peut assister en tant que civil\u00a0: \u00ab\u00a0Je pense que l&rsquo;une des choses que je fais, que mes coll\u00e8gues font, c&rsquo;est d&rsquo;essayer de sauver des vies. Nous sommes toujours en train de faire en sorte que les gens ne meurent pas inutilement. \u00bb Il s&rsquo;agit d&rsquo;une sorte de devoir de transmission. \u00c0 travers des articles ou des photos, il faut transmettre des \u00e9motions, faire ressentir au grand public, \u00e0 l\u2019autre bout de la plan\u00e8te, ce que peuvent ressentir les populations en zone de conflit. Un exercice journalistique o\u00f9 les mots et les images ont une valeur encore plus particuli\u00e8re. Cette notion de transmission est tr\u00e8s importante pour le photojournaliste, notamment en ce moment avec la guerre en Ukraine\u00a0: \u00ab\u00a0J&rsquo;ai pass\u00e9 beaucoup de temps en Ukraine parce que je pense que c&rsquo;est une histoire tr\u00e8s importante \u00e0 raconter. J&rsquo;ai assist\u00e9 \u00e0 de nombreux enterrements et j&rsquo;esp\u00e8re que mon travail communiquera au public autant d&rsquo;\u00e9motion que j&rsquo;en ai ressenti moi m\u00eame.\u00a0\u00bb Mais \u00e0 quel prix ? La fronti\u00e8re entre professionnalisme et empathie peut s&rsquo;av\u00e9rer complexe, et il est difficile de rester impassible face \u00e0 tant de souffrance et de d\u00e9sespoir.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;Cette id\u00e9e de stress post-traumatique est r\u00e9elle, il m&rsquo;a affect\u00e9 ainsi que mes coll\u00e8gues&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Vient le moment du retour \u00e0 la vie civile, un retour souvent plus difficile qu&rsquo;on ne l&rsquo;imagine. Apr\u00e8s avoir v\u00e9cu l&rsquo;adr\u00e9naline des zones de guerre, la transition vers une existence paisible peut \u00eatre tr\u00e8s compliqu\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Cette id\u00e9e du syndrome de stress post-traumatique est r\u00e9elle, il m&rsquo;a affect\u00e9 moi ainsi que mes coll\u00e8gues\u00a0\u00bb, confie Ron Haviv. La sant\u00e9 mentale est devenue un enjeu de sant\u00e9 public, et heureusement pour les journalistes ayant vu et v\u00e9cu des horreurs, il est d\u00e9sormais possible de se soigner rassure le photographe exp\u00e9riment\u00e9\u00a0: \u00ab Le clich\u00e9 du journaliste ivre qui est parti \u00e0 la guerre est devenu tr\u00e8s courant.\u00a0\u00a0Mais dans le monde d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est quelque chose qui est accept\u00e9 : nous avons la possibilit\u00e9 de voir des m\u00e9decins et de parler \u00e0 des sp\u00e9cialistes. Lorsque j&rsquo;ai commenc\u00e9, cela n&rsquo;existait pas.\u00a0\u00bb En fin de compte, le rapport des journalistes de guerre \u00e0 la mort est un m\u00e9lange complexe d&rsquo;angoisse et de r\u00e9silience, de chagrin et de d\u00e9termination. Ils sont les t\u00e9moins de notre humanit\u00e9 dans toute sa splendeur et sa laideur, et leurs voix continueront de r\u00e9sonner dans les zones de conflit \u00e0 travers le monde.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00catre journaliste dans des zones de conflit, c\u2019est \u00eatre confront\u00e9 en permanence \u00e0 la mort autour de soi et \u00e0 la peur de sa propre mort. Un poids lourd \u00e0 porter, qui affecte directement la sant\u00e9 mentale de ces journalistes, \u00e9voqu\u00e9 en conf\u00e9rence lors du Festival international de journalisme de Perugia. 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